Le blog programme
28 septembre 2006
Le Grand Mix, 2006

Entretien avec Pierre Henry
STUDIO SON/RE, Paris 12e arrondissement
Jacques Villeglé / Iggy Pop / Boulevard Marcellin Berthelot, Bordeaux / 8 juillet 198
© Jacques Villeglé
Parlons de votre participation à cette édition de Nuit Blanche. Qu’évoque pour vous cette manifestation à laquelle vous aviez déjà été convié en 2002 ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans le fait de participer une nouvelle fois à un tel évènement ?
Ce qui est important pour moi, dans la succession des spectacles que je donne, c’est de créer aussi un concert « hors normes » lié à d’autres manifestations culturelles. Habituellement, lorsque je me produis en concert, je suis seul ; et la programmation suit son cours avec un autre artiste le lendemain. A l’inverse, Nuit Blanche est une comme une « fourmilière » : nous, artistes, sommes tous des fourmis qui, « grouillent », bougent, clament ensemble. C’est une sorte de grande symphonie de la vie.
Votre participation à Nuit Blanche cette année revêt une particularité car vous avez été invité par Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud à renouveler votre collaboration avec l’artiste Jacques Villeglé, initiée en 1999 lors d’une exposition au Confort Moderne de Poitiers. Comment avez-vous envisagé cette nouveau rapprochement au sein de Nuit Blanche ?
Il est important de savoir que, depuis le début de ma carrière, je suis voué à la peinture. J’ai travaillé dans le giron de certains peintres comme les Nouveaux Réalistes, mais j’ai également collaboré à des happenings avec Georges Mathieu. Des artistes comme Yves Klein, Arman ou Jean Degottex travaillaient en écoutant ma musique et je me suis moi-même mis à peindre aussi… Ils ont été pour moi d’une grande aide intellectuelle. Ce sont eux qui m’avaient encouragé à fonder mon propre studio de musique électroacoustique .
Aujourd’hui je suis très heureux de renouveler cette collaboration avec Jacques Villeglé, mais dans un contexte très différent. Lors de l’exposition « Le Grand Mix » à Poitiers en 1999, ma musique s’attachait à retranscrire une sorte d’« éclatement du vivant », un mélange chaotique de voix. Tandis que pour le parcours de la manifestation à la Cité de la musique en 2000, j’avais réalisé des sons « d’ondes courtes », des entités sonores étranges, inspirées de la science-fiction, et ainsi à contre-emploi de l’œuvre de Jacques Villeglé.
La Halle Pajol, où nous interviendrons pour Nuit Blanche, est un lieu beaucoup plus pittoresque et dramatique : c’est une portion de ville en soi. L’installation sonore de Kader Attia, à proximité de l’espace où se tiendra l’exposition de Jacques Villeglé, joue d’ailleurs de cette ambiance. J’ai réalisé une nouvelle oeuvre que j’ai intitulée « Murmures », et qui m’a été inspirée de tout ce qui peut être issu de la rue, et notamment de ces moments particuliers comme le matin ou la tombée de la nuit… Une sorte de « Quatre saisons » d’une portion urbaine. Ma composition dure exactement 58:44 minutes et est ponctuée par un temps de silence afin de reprendre à l’heure suivante. Ceci permet de créer un cycle de douze heures consécutives, tout en signalant que la musique a une fin et qu’il ne s’agit pas d’une œuvre continue. Cette composition elle-même est constituée de douze séquences , telle un film. D’ailleurs, à l’écoute, on a l’impression de voir un film - non pas d’entendre les sons d’un film, mais de le « voir ». C’est un contrepoint avec le travail de Jacques Villeglé qui est très urbain, et donc très proche des gens et du spectacle de ces affiches issues de la rue.
Où serez-vous pendant Nuit Blanche ?
Je serais évidemment à la Halle Pajol afin d’entendre le déroulement de la première heure, et ainsi profiter, non seulement de l’écoute, mais de l’ambiance donnée par le public.
Pouvez-vous me parler de votre plus belle « nuit blanche » ?
Ma grande nuit blanche s’est déroulée à la Gaîté Lyrique en 1968. J’ai donné 26 heures de concert ininterrompu de l’ensemble de mes oeuvres existantes à cette époque, en commençant par la création de l’ « Apocalypse de Jean », et en terminant par une seconde interprétation de cette Apocalypse. C’était une expérience fabuleuse, où le public allait et venait, vivait, au sein de cette salle mythique, que je rêve d’investir à nouveau.
Propos recueillis par Isabelle Thibault
Il s’agit du studio APSOME, qui deviendra le premier studio privé de musique concrète.
2 « Urbanisme I », « Pas I », « Aube I », « Urbanisme II », « Espace », « Automne », « Orage », « Hiver », « Urbanisme III », « Artisanat », « Aube II », « Pas II »
Publié par : Phiilippe Henry à 18h00
